Développement du langage de 0 à 2 ans

Développement du langage de 0 à 2 ans

Développement du langage de 0 à 2 ans

Texte théorique / 0-2 ans / Communication et langage, Langage expressif, Langage gestuel, Langage réceptif, Phonologie, Sémantique, Syntaxe

Le texte qui suit est structuré de la façon suivante : il sera d’abord question des premières vocalisations prélinguistiques du bébé. Puis, l’apparition des premiers mots de l’enfant sera détaillée, et enfin, les premières productions de phrases. Pour chacune de ces étapes, l’accent sera mis sur le langage expressif de l’enfant, puisque c’est cet aspect qui est principalement illustré sur le site pour la période de 0 à 2 ans. Le langage réceptif sera plus brièvement abordé. Rappelons que le langage réceptif est en avance sur le langage expressif. Pour plus d’informations sur ce sujet, consultez le texte théorique Développement du langage : facettes et composantes. Nous terminerons par une explication des situations de lecture entre parents et bébés. Ce texte ne se veut pas exhaustif : pour un aperçu complet de la question, nous vous suggérons de consulter les documents en référence.

Nous traiterons principalement ici du langage lui-même, mais c’est la communication au sens large qui se déploie pendant les deux premières années de vie. Entre autres, la capacité d’attention conjointe ou le fait d’alterner les tours de parole se développent avant même l’apparition du véritable langage. Bouchard signale, par exemple, que dès l’âge de 3 mois, les bébés ont tendance à se taire lorsqu’un adulte leur parle (Bouchard, 2008). Le texte théorique Communication entre les bébés et les adultes traite de ce sujet. Enfin, il faut garder à l’esprit qu’il existe de grandes différences individuelles entre les enfants sur le plan du langage, et que les âges présentés ici ne sont que des moyennes : un bébé au développement normal peut très bien ne pas correspondre à ces chiffres.

Pendant les deux premiers mois de la vie, les vocalisations du bébé sont constituées de pleurs, de sons végétatifs et réactionnels, qui indiquent son bien-être ou son inconfort. Elles dépendent beaucoup de ses états physiologiques, sont involontaires et ne visent pas à communiquer, même si les adultes se doivent de les interpréter (De Boysson-Bardies, 1996). Il faut dire qu’un nouveau-né ne contrôle pas l’ensemble des structures qui servent à articuler et à produire les phonèmes propres au langage adulte (larynx, glotte, voile du palais, lèvres, appareil respiratoire, cordes vocales, etc.) et que, physiologiquement, son larynx n’a pas la même forme que celui d’un adulte (De Boysson-Bardies, 1996). C’est donc l’aspect phonologique du langage qui doit d’abord se développer. Pour plus de détails, voir le texte théorique Développement du langage : facettes et composantes.

Au cours de la période de 3 à 6 mois environ, le bébé utilise progressivement ses organes phonatoires et apprend à les contrôler, d’abord en produisant quelques sons (arrheu, ageu) impliquant la partie postérieure du système articulatoire (De Boysson-Bardies, 1996). Ces gazouillis sont des sons prolongés et mélodiques, qui permettent à l’enfant d’explorer et de pratiquer ses vocalisations (Bouchard, 2008, Boyd et Bee, 2017; Papalia et Martorell, 2018). Au début de cette période, le bébé ne produit pas encore de véritables voyelles, mais cela devient peu à peu le cas à partir de 5-6 mois. De même, à la fin de cette période, l’enfant contrôle assez correctement le système articulatoire pour produire des sons ressemblant à des consonnes (sons roulés, sons labiaux, etc.). Il est alors prêt à babiller (De Boysson-Bardies, 1996). Notons qu’au cours de ces premiers mois de vie, bien avant de pouvoir babiller, le bébé est capable de discriminer les différentes syllabes qu’il entend (De Boysson-Bardies, 1996).

Le babillage, qui consiste à répéter des syllabes, est une étape importante du langage. Les syllabes sont des ensembles de voyelle-consonne (exemples : ba, pe). Les premiers babillages se produisent généralement vers l’âge de 7 mois (Bee et Boyd, 2017; Daviault, 2011; Karmiloff et Karmiloff-Smith, 2003; Papalia et Martorell, 2018). Au départ, le bébé répète une syllabe à plusieurs reprises, puis progressivement, vers 10 mois, il répète des syllabes différentes. Certains enfants produisent de longues suites de babillage, avec une intonation donnant l’impression qu’ils font une véritable phrase (De Boysson-Bardies, 1996). Les enfants de 8-10 mois commencent à comprendre le sens de quelques mots, lorsque ceux-ci sont utilisés en contexte (De Boysson-Bardies, 1996). La compréhension des mots précède donc la production. Les bébés font appel à d’autres formes d’expression pour compenser leur limitation à utiliser le langage expressif. C’est ainsi que vers 9 ou 10 mois, ils utilisent de plus en plus de gestes pour manifester leurs intentions : tendre les bras vers un objet, pointer du doigt, etc. (Bouchard, 2008; Otto, 2006). Il s’agit ici de l’aspect pragmatique de la communication, avant même l’apparition du langage (voir texte théorique Développement du langage : facettes et composantes. Ces gestes demeureront présents et seront employés éventuellement en conjonction avec les mots (Otto, 2006).

Les premières vocalisations se rapprochant des mots sont émises vers 11 mois. Ce sont souvent des protomots, c’est-à-dire des sons ne correspondant pas à un mot véritable, mais utilisés comme tels par les enfants et leurs parents, souvent en s’aidant de gestes (Bouchard, 2008; Daviault, 2011). Les premiers véritables mots sont produits vers 12 mois (Bouchard, 2008; Daviault, 2011; Papalia et Martorell, 2018). À partir de ce moment, le lexique de l’enfant grossit assez lentement. Il faut quelques mois pour que l’enfant arrive à un lexique de 50 mots, en moyenne vers l’âge de 16-17 mois. Ensuite, on peut observer une progression rapide dans l’apprentissage : le vocabulaire peut compter plus de 300 mots à 24 mois (De Boysson-Bardies, 1996). Encore une fois, il s’agit de moyennes, et d’importantes différences individuelles existent.

Les premiers mots sont souvent des noms de proches, d’animaux, d’objets que les enfants peuvent manipuler. Même si on y trouve une majorité de noms, il y a aussi des verbes (exemple : Fini!) liés aux routines. (Karmiloff et Karmiloff-Smith, 2003). Lorsque le vocabulaire de l’enfant atteint plus de 100 mots, on voit une augmentation du nombre de verbes et d’adjectifs (De Boysson-Bardies, 1996).

Bien qu’au départ le bébé emploie un mot à la fois pour s’exprimer, ces mots isolés, de façon pragmatique, peuvent avoir une fonction plus large que d’exprimer seulement leur sens littéral. Par exemple, ils sont utilisés comme protodéclaratifs ou proto-impératifs (Karmiloff et Karmiloff-Smith, 2003) : dire le mot « balle » à un adulte peut vouloir dire « regarde, une balle » ou « donne-moi la balle ». On utilise le terme « holophrase » pour désigner des mots isolés qui sont utilisés comme s’ils constituaient toute une phrase (Bouchard, 2008). Souvent, l’enfant utilise son intonation et des gestes pour enrichir le sens de ces mots (Otto, 2006). Le phénomène opposé se produit aussi, certaines expressions de deux ou trois mots sont utilisées comme un tout (exemple : est là) : les mots ne sont jamais employés séparément. De même, certains enfants ajoutent parfois des éléments neutres avant des noms, sans qu’on puisse vraiment parler de véritables articles (exemples : a main, e chat), car ils semblent être considérés par les enfants comme une partie du nom lui-même (De Boysson-Bardies, 1996). Signalons enfin qu’au moment où l’enfant produit ces premiers mots isolés, vers 12 mois, son langage réceptif lui permet de comprendre de 100 à 150 mots ainsi que des phrases simples (De Boysson-Bardies, 1996). 

Les enfants commencent à produire des phrases de deux mots vers 16-19 mois (Bouchard, 2008; Daviault, 2011, Papalia et Martorell, 2018). Assez souvent, ces premières phrases prennent une forme télégraphique : il s’agit de deux mots qui se suivent, sans article ni proposition (exemples : encore lait, là papa). Dans ces deux derniers exemples, on parle de mots pivots ou opérateurs (, encore), très fréquents, et de mots de classe ouverte (des noms, des verbes). On retrouve aussi des combinaisons de deux mots de classe ouverte : tombé papa, robe maman. Bien que ce style télégraphique soit fréquemment observé, il n’est pas présent chez tous les enfants : certains fonctionnent autrement ou utilisent parfois des articles, parfois un style télégraphique (De Boysson-Bardies, 1996). Malgré les apparences, même avec un style télégraphique, certains aspects grammaticaux sont présents : l’ordre des mots n’est pas aléatoire, il y a donc une forme de syntaxe (Otto, 2006). À partir de 20-24 mois, les enfants commencent à changer la forme des mots en fonction du genre et du nombre, ce qui concerne la morphologie. Par la suite, les enfants intègreront de plus en plus de termes de fonction (articles, pronoms, etc.) dans leurs combinaisons de mots, et le nombre de mots par phrase ira aussi en augmentant (Bouchard, 2008; Daviault, 2011). La morphologie et la syntaxe s’améliorant, le langage ressemblera de plus en plus à celui des adultes, malgré des lacunes évidentes.

Les enfants arrivent à comprendre des phrases plus complexes à cet âge, même si eux-mêmes s’expriment de façon télégraphique (De Boysson-Bardies, 1996). Aussi, les parents s’adaptent au niveau de compréhension des enfants (Karmiloff et Karmiloff-Smith, 2003).

Pour terminer, une activité que l’on observe souvent dans les familles est la « lecture » de livre, et son lien avec le langage est important. On parle de lecture au sens large, car, avec les bébés, il s’agit principalement d’interagir autour d’un livre, que ce soit pour l’histoire ou les illustrations. La lecture de livre s’inscrit souvent dans une routine, où l’enfant reconnait les éléments du livre et produit les sons ou les mots qui y correspondent. Cette activité favorise le développement du langage de plusieurs façons. Elle permet de pratiquer les tours de parole, car l’adulte pose une question et attend la réponse, ou réagit à ce que dit ou montre l’enfant. Elle est aussi un moyen efficace pour augmenter le vocabulaire de l’enfant, car les choses sont systématiquement nommées. Lorsque les adultes participent à une activité de lecture avec leur bébé, ils adaptent le niveau de langage à la capacité de compréhension de l’enfant, parfois en simplifiant ce qui est écrit dans le livre. Ils utilisent aussi le pointage et les contacts visuels avec l’enfant pour s’assurer d’une attention conjointe au même mot ou à la même illustration (Otto, 2006; Tremblay, Bigras et Veillette, 2009).

Références

Bouchard, C. (2008). Je communique : le développement du langage et de la littéracie de 0 à 3 ans. Dans C. Bouchard (dir.) et N. Fréchette (collab.), Le développement global de l’enfant de 0 à 5 ans en contextes éducatifs. Québec, Québec : Les Presses de l’Université du Québec.

Boyd, D. et Bee, H. (2017). Les âges de la vie (5e éd.). Saint-Laurent, Québec : ERPI.

Daviault, D. (2011). L’émergence et le développement du langage chez l’enfant. Montréal, Québec : Chenelière éducation.

De Boysson-Bardie, B. (1996). Comment la parole vient aux enfants. Paris, France : Éditions Odile Jacob.

Karmiloff, K. et Karmiloff-Smith, A. (2003). Comment les enfants entrent dans le langage. Paris, France : Éditions RETZ.

Otto, B. (2006). Language development in early childhood (2e éd.). Colombus, OH : Pearson Merrill Prentice Hall.

Papalia, D. et Martorell G. (2018). Psychologie du développement de l’enfant (9e éd.). Montréal, Québec : Chenelière Éducation.

Tremblay, M., Bigras, N. et Veillette, S. (2009) « Littératie familiale et stimulation du langage entre 0 et 24 mois ». Dans A. Charron, C. Bouchard et G. Cantin (dir.), Langage et littératie chez l’enfant en services de garde éducatifs (p. 107-126). Québec, Québec : Les Presses de l’Université du Québec.

Auteur(s): 

Nathalie Fréchette, Paul Morissette

Date de parution ou dernière mise à jour: 

2018-08-20

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