Évolution de l’agressivité

Évolution de l’agressivité

Évolution de l’agressivité

Texte théorique / 0-2 ans, 2-5 ans, 5-12 ans / Développement social et affectif, Agressivité, Exclusion, Habilité sociale, Régulation des émotions, Jeu, Relation avec les pairs

L’agressivité est un comportement intentionnel qui a comme objectif de porter atteinte à une autre personne ou à ses possessions (Bourcier, 2008). L’agressivité est normale et nécessaire à l’adaptation humaine.

Chez le jeune enfant, l’agressivité est particulièrement présente, car il ne maitrise pas encore suffisamment le langage pour exprimer ses besoins et ses émotions dans le respect de l’autre. De plus, cognitivement, à cause de l’égocentrisme, l’enfant a de la difficulté à se mettre à la place de l’autre. Cette situation augmente les risques de conflits. De surcroit, il n’a pas encore développé toutes ses habiletés sociales et des stratégies pour résoudre les conflits (Boucier, 2008). Grâce à la socialisation, l’enfant manifestera de moins en moins d’agressivité et sera en mesure d’exprimer ses besoins et ses émotions, tout en respectant les autres.

L’agressivité se manifeste de différentes façons et est influencée par l’âge de l’enfant. Entre 2 et 4 ans, l’agressivité est surtout physique et est à sa fréquence maximale (Bourcier, 2008; Boyd et Bee, 2017; Tremblay, 2008). Les déclencheurs sont multiples : dispute pour l’obtention d’un jouet, nécessité d’attendre son tour, conflit de territoire, difficulté d’exécuter une tâche, « non » de l’adulte, etc. (Bourcier, 2008). L’agression peut être proactive ou réactive. « L’agression physique proactive survient sans provocation apparente » (Tremblay, Gervais et Petitclerc, 2008, p. 4). Ce type d’agression est habituellement instrumental, car l’enfant l’utilise comme stratégie pour garder, obtenir ou détruire un objet, tel un jouet (Tremblay, Gervais et Petitclerc, 2008). L’agression physique réactive « se manifeste en réponse à une menace perçue ou à une provocation, accidentelle ou délibérée » (Tremblay, Gervais et Petitclerc, 2008, p. 4).

Le développement du langage et de la pensée ainsi que le développement des habiletés sociales influencent à la baisse la fréquence des agressions physiques. Ces dernières diminuent pour faire place à des agressions verbales. Celles-ci seront directes au début (par exemple, des menaces ou des insultes en présence de la victime), puis pourront devenir indirectes par la suite (Tremblay, 2012). Autour de l’âge de 3 ans, l’enfant commence à utiliser les mots pour exprimer ses besoins, mais aussi pour provoquer. Encore égocentrique, il éprouve de la difficulté à percevoir le caractère blessant des mots et leur impact sur l’autre (Bourcier, 2008).

Pour la majorité des enfants, entre 4 et 5 ans, la nature des comportements agressifs change. En effet, l’agressivité peut devenir sociale et relationnelle (Papalia et Martorell, 2018). Ce n’est plus l’objet qui est visé, mais l’individu. L’objectif est de « nuire aux relations interpersonnelles et à l’estime de soi de la victime » (Tremblay 2012, p. 2).

Ce type d’agressivité est souvent indirecte. Par exemple, répandre des rumeurs ou s’associer à une personne pour se venger d’un autre enfant. Cependant, dans certains cas, l’agressivité relationnelle peut aussi être directe : par exemple, en manifestant du dédain envers la victime ou en la rejetant ouvertement (Brendgen, 2012). Paradoxalement, le développement du langage et des habiletés sociales donne aux enfants une plus grande efficacité dans l’utilisation de l’agressivité relationnelle.

Pendant toute l’enfance et l’adolescence, les filles sont plus susceptibles que les garçons d’utiliser l’agressivité indirecte, ce qu’elles font aussi plus tôt. Cette différence entre garçons et filles est cependant assez mince. À l’inverse, l’agressivité physique est plus fréquente chez les garçons que chez les filles pendant l’enfance (Archer, 2012). Comme mentionné plus tôt, ce dernier type d’agressivité est cependant en baisse chez la majorité des garçons et des filles à mesure qu’ils progressent dans l’enfance (Tremblay, Gervais et Petitclerc, 2008).

Références

Archer, J. (2012). Différences sexuelles dans le développement de l’agressivité, de la petite enfance à l’âge adulte. Repéré à http://www.enfant-encyclopedie.com/agressivite-agression/selon-experts/differences-sexuelles-dans-le-developpement-de-lagressivite-de.

Bourcier, S. (2008). L'agressivité chez l'enfant de 0 à 5 ans. Montréal, Québec : Éditions du CHU Sainte-Justine.

Boyd, D. et Bee, H. (2017). Les âges de la vie (5e éd.). Montréal, Québec : ERPI.

Brendgen, M. (2012). Développement de l’agressivité indirecte avant l’entrée à l’école. Repéré à http://www.enfant-encyclopedie.com/agressivite-agression/selon-experts/developpement-de-lagressivite-indirecte-avant-lentree-lecole.

Cloutier, R., Gosselin, P. et Tap, P. (2005). Psychologie de l'enfant (2e éd.). Montréal, Québec : Gaëtan Morin éditeur-Chenelière éducation.

Papalia, D. E. et Martorell, G. (2018). Psychologie du développement de l’enfant (9e éd.). Montréal, Québec : Chenelière Éducation.

Tremblay, R. E. (2008). Prévenir la violence dès la petite enfance. Paris, France : Odile Jacob.

Tremblay, R. E. (2012). Agressivité-Agression, Synthèse. Repéré à http://www.enfant-encyclopedie.com/agressivite-agression/synthese.

Tremblay, R. E., Gervais, J. et Petitclerc, A. (2008). Prévenir la violence par l'apprentissage à la petite enfance. Montréal, Québec : Centre d'excellence pour le développement des jeunes enfants.

Auteur(s): 

Nathalie Fréchette, Paul Morissette

Date de parution ou dernière mise à jour: 

2018-08-20

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